Lorsque j’ai commencé à écrire « Bâti et Déconfiture », j’ai été contrainte, par la force des choses, de trouver une ville pour y implanter la « Mercerie des Duchesses » et, par là même, quelques meurtres.
Dans un premier temps, l’idée m’a effleurée d’inventer une petite ville de province, lieu propice à toutes les intrigues. Sur le moment, cela m’a semblé facile : les petites villes de province sont configurées, plus ou moins, de la même façon. Or, avec mon souci du détail, j’en serais encore à en faire un plan topographique que tous les militaires de ce pays m’envieraient (et là, du coup, ça refroidit), en calculant la pente d’une rue au cas où il me viendrait l’idée d’écrire une scène avec un ballon roulant sur la chaussée. Vous voyez le genre ? Non ? Croyez moi sur parole, c’est mieux ainsi.
Puis j’ai pensé à Paris. C’est pratique, Paris : tout le monde connaît Paris sans vraiment la connaître. Il me suffisait de placer la Mercerie dans un quartier et le tour était joué. Mieux encore : en inventer un. Rebelote : je me remettais à jouer à « SimCity », ce vieux jeu vidéo qui existe sûrement encore, même si je n’y connais rien, avec le risque de planquer un hangar à bateaux entre une mairie et une villa.
Il me fallait une ville assez grande pour donner le sentiment d’anonymat de Paris. Trop petite, franchement : vingt crimes dans un village de deux mille âmes, c’est moyen pour la sûreté nationale. Mais aussi assez petite pour permettre aux personnages d’entretenir de véritables relations, faites de respect et d’amitié… entre deux taches de sang sur le tapis.
Il me fallait aussi une ville que je connaissais bien. Une ville dont je comprenais l’ambiance. Des villes, j’en connais : Belfort et son vieux quartier, Épinal et ses quais, Saint Dié et sa cathédrale rose, Colmar, Mulhouse, Reims… Mais surtout, j’ai longtemps hésité entre Metz et Nancy.
Metz apparaît dans « Bâti et Déconfiture ». J’aurai l’occasion de vous en parler. Cependant, j’ai finalement opté pour Nancy.
Nancy est une ville aux mille trésors que les touristes – et même les Nancéiens – ne connaissent pas toujours. Historiquement, Nancy fut appelée le « petit Paris ». Dans le monde de l’art, c’est l’École de Nancy, que j’aime appeler – un peu provocatrice – « rococo ». C’est aussi la place Stanislas, une vieille ville, une rue surnommée la « rue gourmande »…
Nancy, c’est également le Haut du Lièvre avec cet immense bâtiment d’un kilomètre de long, au doux nom poétique : le Cèdre Bleu, ou encore la tour Thiers plantée au milieu du quartier de la gare et dont on ne sait jamais vraiment quoi penser.
Je m’arrête là pour la liste. Je vais finir par énerver les Nancéiens.
Vous avez compris : pour créer une ville parfaite de cosy mystery, il ne me fallait pas une ville « carte postale ». Il me fallait une ville faite d’erreurs et de beauté.
Une ville où vous et moi pourrions vivre… et que nous pourrions retrouver sur une carte.


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